| Article 1-26 |
Cet écrit avait été présenté le 2 mai 2013 dans le cadre de la Fondation de Verdeil, école e-TEM, Pierrefleur 21, Lausanne avec le soutien de la Fondation Insieme.
Dans « Entre sacrifice de soi et sacrifice de l’autre : le fil tendu de l’équilibre familial », Giuliana Galli Carminati analyse les tensions qui traversent les familles accompagnant une personne en situation de déficience intellectuelle. L’auteure montre que le handicap ne résulte ni d’une faute ni d’un échec parental, mais d’une réalité souvent imprévisible de la vie.
À travers plusieurs situations cliniques, elle met en évidence les relations de dépendance qui s’installent entre la personne handicapée, sa famille et les professionnels. Lorsque les difficultés sont tues, que les émotions sont cachées ou que chacun cherche à protéger l’autre, les tensions s’accumulent et peuvent conduire à des comportements violents, à l’épuisement des aidants et à des décisions inadaptées.
L’auteure souligne que le sacrifice permanent d’un parent ou d’un proche n’est pas une solution durable. Vouloir tout assumer par amour peut conduire à l’isolement, à la culpabilité et à une forme de maltraitance involontaire envers soi-même comme envers la personne accompagnée. Les exemples présentés montrent l’importance d’un dialogue sincère, d’un partage des responsabilités et d’un accompagnement pluridisciplinaire afin d’éviter que les situations familiales ne deviennent destructrices.
Enfin, Giuliana Galli Carminati rappelle que les parents doivent faire le deuil de « l’enfant parfait », un processus long mais nécessaire. Lorsque la culpabilité laisse place à la solidarité, le poids de l’épreuve devient plus supportable. Malgré les difficultés, elle rend hommage à la résilience, à la sagesse et à la remarquable capacité d’adaptation de la grande majorité des familles confrontées au handicap.
| Article 1 2-26 |
| Article 2-2026 |
Dans « Du diagnostic d’autisme à la compréhension de soi : comment la théorie des cuillères et les particularités sensorielles peuvent transformer le quotidien », Carmen Zecca-Tagan montre que le diagnostic d’autisme ne constitue pas une finalité, mais le point de départ d’une meilleure connaissance de soi. Grâce à la psychoéducation, les personnes autistes apprennent à comprendre leur fonctionnement neuroatypique, à identifier leurs besoins et à adopter des stratégies leur permettant de préserver leur équilibre plutôt que de s’épuiser à se conformer aux normes neurotypiques.
L’auteure s’appuie sur la théorie des cuillères, métaphore de la gestion de l’énergie, pour expliquer que chaque activité du quotidien possède un coût énergétique variable selon les individus. Cette approche aide les personnes autistes à anticiper leurs dépenses d’énergie, à planifier des temps de récupération et à prévenir les meltdowns, les shutdowns ou le burn-out autistique.
L’article explore ensuite les particularités sensorielles propres au spectre de l’autisme. Les hypersensibilités et hyposensibilités peuvent concerner l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat, le toucher, l’intéroception ou encore le système vestibulaire. De nombreux aménagements simples — réduction du bruit, adaptation de l’éclairage, choix des vêtements, routines ou objets sensoriels — permettent de diminuer la surcharge sensorielle et d’améliorer le bien-être quotidien.
En conclusion, Carmen Zecca-Tagan invite à déplacer le regard porté sur l’autisme. Il ne s’agit pas de corriger la personne, mais d’adapter son environnement afin qu’elle puisse mobiliser son énergie sur ses forces plutôt que sur ses difficultés. Comprendre son fonctionnement favorise ainsi l’autonomie, l’estime de soi et une meilleure qualité de vie, tout en valorisant les talents propres à chaque personne autiste.
| Article 3-2026 |
L'intelligence artificielle transforme profondément notre manière de comprendre l'intelligence humaine. Cet article propose une réflexion originale sur les liens entre philosophie, déficience intellectuelle, autisme et IA, en revenant aux fondements de la pensée de Platon et Aristote. Les auteurs montrent que l'association historique entre rationalité, valeur humaine et citoyenneté a durablement influencé la perception des personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l'autisme.
À travers une analyse croisant philosophie antique, éthique et sciences cognitives, l'article met en évidence que les débats actuels sur l'éthique de l'intelligence artificielle, la neurodiversité et l'inclusion trouvent leurs racines dans ces conceptions anciennes. L'émergence de l'IA remet aujourd'hui en question les critères traditionnels utilisés pour définir l'intelligence et invite à dépasser une vision exclusivement fondée sur les performances logiques et le raisonnement.
Les auteurs introduisent également le concept inédit de neuronomisme, présenté comme une évolution de l'hylémorphisme aristotélicien. Cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour repenser la place de l'être humain face aux technologies intelligentes et promouvoir une société plus inclusive.
Au-delà de la seule rationalité, l'article défend une conception plurielle de l'intelligence, intégrant les dimensions émotionnelles, relationnelles, corporelles et spirituelles. Il montre que l'intelligence artificielle ne doit pas renforcer les hiérarchies cognitives héritées du passé, mais devenir un levier d'inclusion, de reconnaissance de la diversité cognitive et de respect de la dignité humaine. Cette analyse constitue une contribution majeure aux débats contemporains sur l'IA, la neurodiversité, la philosophie et l'avenir des sociétés inclusives.
| Article 4-2026 |
L’article « La honte », propose une réflexion pluridisciplinaire sur une émotion universelle mais souvent tue : la honte. À partir de son expérience de thérapeute auprès de personnes en situation de handicap et de leurs familles, l’auteur montre que cette émotion, bien que rarement exprimée, constitue une source majeure de souffrance psychique et sociale. Il explore la honte à travers la philosophie, la littérature, la sociologie, la psychologie et la clinique du handicap afin d’en dégager les principaux mécanismes.
L’article s’ouvre sur une citation de Mohamed Mbougar Sarr, selon laquelle on ne se libère jamais totalement d’une histoire dont on a honte. Cette idée est prolongée par la pensée d’Edgar Morin, qui évoquait une « honte de son espèce » face aux violences et aux atrocités de l’humanité. Cette honte n’empêche pourtant ni l’engagement ni l’espérance : elle témoigne au contraire d’une conscience lucide de la complexité humaine, capable du meilleur comme du pire. La honte est ainsi définie comme une émotion liée à l’image de soi et au regard des autres. Longtemps négligée par les sciences humaines, elle a progressivement retrouvé une place importante, notamment grâce aux recherches sur le traumatisme qui ont montré combien celui-ci génère des émotions profondes, parmi lesquelles la honte occupe une place centrale. L’auteur distingue plusieurs formes de honte – individuelle, familiale, sociale ou culturelle – qui s’entrecroisent constamment.
La littérature constitue ensuite un terrain privilégié pour comprendre cette émotion. Jean Genet transforme la honte en instrument de révolte contre les normes bourgeoises. Dans ses romans, ce qui devrait être considéré comme honteux devient au contraire un motif de fierté ou de provocation. Albert Camus aborde la honte sous plusieurs angles : celle de ses origines modestes, celle absente chez Meursault dans L’Étranger, et surtout celle qui envahit le héros de La Chute, incapable d’oublier sa lâcheté face à une femme en danger. Jean-Paul Sartre apporte une contribution majeure en affirmant que la honte naît toujours devant autrui. Elle apparaît lorsque le sujet prend conscience de lui-même à travers le regard de l’autre et découvre une image de lui qu’il ne maîtrise plus. Cette analyse fait de la honte un phénomène profondément relationnel.
Les œuvres contemporaines d’Édouard Louis, Annie Ernaux et Sorj Chalandon illustrent quant à elles la honte sociale. Tous trois racontent des parcours de « transfuges de classe », ayant quitté un milieu populaire pour accéder à un univers culturel différent. Ils éprouvent alors une double honte : celle de leurs origines et celle d’avoir honte de leurs proches. L’écriture devient un moyen de transformer cette souffrance en œuvre littéraire et parfois en réparation symbolique. Chez Annie Ernaux, la honte devient une véritable manière d’être au monde après un épisode traumatique de son enfance. Chez Édouard Louis, elle nourrit une critique des mécanismes de domination sociale. Chez Sorj Chalandon, elle est liée à la violence familiale et au passé collaborationniste de son père. À travers ces exemples, l’auteur montre que la honte est souvent indissociable de l’identité sociale et familiale.
L’approche sociologique complète cette analyse. Erving Goffman montre que la honte naît lorsque l’identité d’un individu est dévalorisée par un stigmate, c’est-à-dire un attribut qui empêche son acceptation sociale. La personne se sent disqualifiée parce qu’elle ne correspond plus aux attentes de son environnement. Vincent de Gaulejac approfondit cette perspective en présentant la honte comme un « fait social total », résultat de l’articulation entre souffrance intime, histoire familiale et contexte culturel. Il insiste sur les humiliations et le mépris social comme déclencheurs majeurs de cette émotion. Pierre Bourdieu, enfin, décrit la honte comme une émotion profondément corporelle, visible à travers le rougissement, les hésitations ou la maladresse. Pour lui, elle traduit l’intériorisation des rapports de domination et des hiérarchies sociales.
La psychologie et la psychanalyse abordent la honte sous des angles différents. Freud la considère principalement comme une barrière contre certaines pulsions, tandis que Lacan y voit le signe qu’un sujet conserve une part de dignité et de rapport au réel. Jung, de son côté, relie la honte à « l’ombre », cette partie refoulée de la personnalité que chacun cherche à cacher. En pratique clinique, la honte apparaît rarement comme motif explicite de consultation. Les patients parlent davantage d’un mal-être, d’un sentiment de ridicule, d’humiliation ou d’exclusion. Le thérapeute doit donc reconnaître ces manifestations indirectes. L’auteur souligne également que la honte est fréquemment liée aux secrets familiaux et peut se transmettre de génération en génération. Les descendants héritent alors d’un sentiment dont ils ignorent parfois complètement l’origine.
Un aspect fondamental de la honte est son lien avec le regard d’autrui. Le sujet se sent soudain « mis à nu », dévoilé, incapable de contrôler l’image qu’il donne de lui-même. Il éprouve alors le besoin de se cacher, de se retirer ou de disparaître symboliquement. Ce regard n’est pas toujours réel : il est souvent imaginé, intériorisé ou construit à partir des normes sociales et familiales. Selon Serge Tisseron, la honte est paradoxale : elle peut détruire, mais elle peut aussi préserver le lien social, car elle suppose toujours l’existence d’un autre auquel le sujet continue de se référer. L’auteur montre également que la honte est profondément liée à la solitude. Celui qui a honte croit souvent être le seul à ressentir cette émotion, ce qui renforce encore son isolement.
L’analyse débouche ensuite sur le thème du handicap, qui constitue le cœur clinique de l’article. Les personnes en situation de handicap, mais surtout leurs parents, sont souvent confrontés à un profond sentiment de honte. Celui-ci résulte de plusieurs facteurs : le regard des autres, une culpabilité inconsciente, la disparition de « l’enfant rêvé » et l’effondrement des projets imaginés avant la naissance. Contrairement à d’autres formes de honte susceptibles de s’atténuer avec le temps, celle liée au handicap est souvent durable car la situation elle-même est permanente. Un long travail psychique devient alors nécessaire. L’auteur observe également une hiérarchie implicite dans les représentations sociales : un handicap acquis à la suite d’un accident est généralement mieux accepté qu’un handicap congénital, et le handicap physique paraît socialement moins stigmatisé que le handicap mental. Ces différences influencent fortement l’intensité de la honte ressentie par les familles.
Enfin, l’auteur élargit son analyse au regard porté par la société sur les personnes handicapées. Les réactions de rejet, d’évitement ou de malaise traduisent souvent une peur plus profonde de la vulnérabilité humaine. Il rappelle également que certaines situations de pauvreté extrême peuvent produire des effets comparables à ceux de la déficience légère, notamment lorsque les conditions de vie limitent fortement les apprentissages sociaux. Dans sa conclusion, il insiste sur la difficulté de parler de la honte, souvent inconsciente, héritée ou dissimulée derrière d’autres symptômes. Les groupes de parole et les récits autobiographiques montrent toutefois qu’il est possible de rompre l’isolement en découvrant que d’autres partagent cette même expérience. L’article se termine en ouvrant plusieurs pistes de réflexion, notamment sur les liens entre honte et origine ethnique, rapports de genre ou violences faites aux femmes, autant de domaines qui mériteraient des recherches complémentaires.
| Article 4 2-26 |
| Article 5-2026 |
Cet article propose une réflexion clinique sur l'introduction d'un traitement psychostimulant chez un jeune adulte présentant un trouble du spectre de l'autisme (TSA) léger et un potentiel trouble déficitaire de l'attention (TDAH), à travers la situation de Monsieur U, 22 ans. Alors qu’un traitement pharmacologique visait à restaurer des fonctions attentionnelles et exécutives, son introduction a coïncidé avec une augmentation de l'anxiété, sans les bénéfices fonctionnels attendus. Nous proposons que ce résultat s'explique moins par une inefficacité pharmacologique que par une altération de la projectualité — la capacité du sujet à investir un avenir personnel signifiant — résultant d'une trajectoire développementale marquée par la suradaptation, le camouflage et un ajustement réciproque insuffisant avec l'environnement. Nous discutons les implications cliniques de cette hypothèse pour la prise en charge interdisciplinaire des adultes neuroatypiques en transition de vie.
| Article 6-2026 |
Cet article propose une réflexion clinique et institutionnelle sur les conditions d’accueil permettant à une personne en situation de handicap de s’approprier un lieu sans que les professionnels ne construisent ce lieu à sa place. À partir de l’expérience d’Antonio, accueilli en structure de jour et présentant notamment des particularités relevant du trouble du spectre de l’autisme, l’auteur interroge les tensions entre fonction contenante, prévisibilité, accompagnement éducatif et respect de la singularité du sujet.
La structure d’accueil est envisagée comme un milieu vivant, continuellement façonné par les corps, les voix, les déplacements, les interactions et les investissements de ses usagers. Dans cette perspective, l’appropriation du lieu participe d’un processus de subjectivation : il ne s’agit pas seulement pour le sujet de s’adapter à un environnement préexistant, mais de pouvoir y inscrire ses propres modalités de présence et contribuer à sa transformation.
Deux vignettes cliniques permettent d’examiner cette question. La première montre comment un outil destiné à favoriser la prévisibilité peut se rigidifier et devenir une contrainte pour le sujet comme pour le groupe. La seconde décrit l’apparition contingente d’une balle comme appui corporel lors d’un moment de tension. Contrairement à un dispositif prescrit, cet objet apparaît, est momentanément investi puis disparaît, sans devenir une technique imposée.
Ces situations conduisent à distinguer l’étayage de l’activisme éducatif. Le « savoir laisser faire » implique une présence suffisamment proche et contenante, mais également suffisamment discrète pour ne pas recouvrir le mouvement propre du sujet. La fonction tierce de l’institution contribue ainsi à maintenir un espace de jeu, de transformation et d’appropriation.
L’article défend finalement une conception éthique de l’hospitalité institutionnelle : il ne s’agit pas de fabriquer le monde de l’autre à sa place, mais de travailler le milieu afin qu’il puisse y trouver ses propres prises, y faire lieu et participer, selon son style, à la construction d’un monde commun.
| Article 7-2026 |
Cet article propose une réflexion clinique et psychanalytique sur la santé psychique à partir d’un parcours allant du fantasme au délire, puis vers une conception dynamique de la santé mentale. L’auteure s’appuie sur son expérience de pédagogue spécialisée et d’accompagnement de personnes souffrant de troubles psychiques pour interroger les frontières entre imagination, réalité subjective, souffrance psychique et processus de reconstruction. Le fantasme est d’abord envisagé comme une manifestation naturelle de l’imagination et de la créativité, susceptible d’exprimer des désirs conscients ou inconscients. Le délire, en revanche, constitue une construction psychique qui modifie profondément le rapport à la réalité. L’article souligne toutefois qu’il ne peut être réduit à une simple perte de contact avec le réel : dans une perspective freudienne, il peut également être compris comme l’expression d’une réalité subjective et comme une tentative de réponse à une blessure psychique.
À travers la métaphore architecturale du château, l’auteure propose ensuite de penser la santé psychique comme une construction évolutive qui nécessite entretien, adaptation et reconstruction. Les apports de Freud et de Jung permettent d’envisager cette santé non seulement comme une capacité à affronter la réalité, mais aussi comme la possibilité de s’approprier son existence, d’éprouver du plaisir, de développer sa capacité d’agir et de poursuivre un processus d’individuation.
L’article mobilise enfin la théorie de la désintégration positive de Kazimierz Dąbrowski, selon laquelle certaines expériences de crise, de désorganisation ou de souffrance peuvent devenir des moments de transformation et de reconstruction psychique. La blessure peut ainsi être envisagée non seulement comme une fragilité, mais aussi comme une matière permettant une nouvelle organisation de soi, à l’image du kintsugi japonais.
En conclusion, la santé psychique apparaît comme une quête permanente de sens, d’appropriation de sa vie et de construction de soi, plutôt que comme un état définitif exempt de symptômes. Elle implique une attention continue à son équilibre psychique et une capacité à transformer les épreuves en ressources de reconstruction.
| Article 7 2-2026 |